dimanche 17 mars 2013

samedi 16 mars 2013

New York - Les naufragés du vieux monde

Le port.
Le port de New York.
1834.
C'est là que débarquent tous les naufragés du vieux monde. Les naufragés, les malheureux, les mécontents. Les hommes libres, les insoumis. Ceux qui ont eu des revers de fortune; ceux qui ont tout risqué sur une seule carte; ceux qu'une passion romantique a bouleversés. Les premiers socialistes allemands, les premiers mystiques russes. Les idéologues que les polices d'Europe traquent; ceux que la réaction chasse. Les petits artisans, premières victimes de la grosse industrie en formation. Les phalanstèriens français, les carbonari, les derniers disciples de Saint-Martin, le philosophe inconnu, et des Ecossais. Des esprits généreux, des têtes fêlées. Des brigands de Calabre, des patriotes hellènes. Les paysans d'Irlande et de Scandinavie. Des individus et des peuples victimes des guerres napoléoniennes et sacrifiés par les congrès diplomatiques. Les carlistes, les Polonais, les partisans de Hongrie. Les illuminés de toutes les révolutions de 1830 et les derniers libéraux qui quittent leur patrie pour rallier la grande République, ouvriers, soldats, marchands, banquiers de tous les pays, même sud-américains, complices de Bolivar. Depuis la Révolution française, depuis la déclaration de l'Indépendance (vingt-sept ans avant l'élection de Lincoln à la présidence), en pleine croissance, en plein épanouissement, jamais New York n'a vu ses quais aussi continuellement envahis. Les émigrants débarquent jour et nuit, et dans chaque bateau, dans chaque cargaison humaine, il y a au moins un représentant de la forte race des aventuriers.

L’Or, Blaise Cendrars

mercredi 6 mars 2013

Le brunch du week-end : le Byblos


J'étais un peu lassée du classique brunch oeufs/pain/bacon/pancake/fruit et ses variantes. Alors quand ma copine Marie est venue me voir à Montréal, je l'ai emmenée au Byblos, qui propose un brunch moyen-oriental. Le Byblos est dans tous les guides, tous les blogs sur Montréal. Il était dans ma top list des brunch que je voulais tester. Verdict : excellent, relaxant et original ! J'ai beaucoup aimé le cadre, blanc, épuré et haut de plafond, et surtout cette magnifique porte en bois que l'on voit sur la photo. Dans nos assiettes, nous avions de délicieux pains briochés et sucrés, servis avec des confitures incroyables (et c'est rare de m'impressionner avec de la confiture). Un jus d'orange bien sûr, et une omelette. J'ai choisi l'omelette à la fêta, qui était très bonne, mais bien moins que celle de Marie, faite à base de sucre, farine, pétales de rose, cardamome, lait et noix (oh, et oeufs !). Un délice, et j'ai bien eu du mal à m'arrêter de manger (oui, j'ai même fini son assiette...). Je crois que j'aurais pu rester des heures installée sur ma banquette, à discuter tranquillement et en grignotant du pain à l'infini.
Vivement un autre brunch au Byblos !

mardi 5 mars 2013

Mars



Le mois de février s'est terminé, bon débarras.
Pas le moindre rayon de soleil pendant presque trois semaines, de la neige à n'en plus finir, et de belles sueurs froides dont j'espère bientôt pouvoir dire "plus de peur que de mal".
Mais aujourd'hui, le soleil a brillé toute la fin d'après-midi, j'ai terminé d'écrire un article compliqué au travail, et je rêve de mon départ prochain pour New York.

March, you will definitely be beautiful !

mardi 26 février 2013

Un dimanche d'hiver


Février. Le printemps est encore loin, et l'hiver est installé depuis un bon moment déjà. Il neige presque non stop depuis une semaine à Montréal, à gros flocons. Alors on s'habitue, et on essaie d'apprécier au maximum tous les petits plaisirs de l'hiver. Surtout, celui de rester bien au chaud à la maison, de prendre son temps, de se reposer de la semaine passée et de rassembler ses forces pour celle qui vient.













samedi 23 février 2013

J'dirai plus jamais câline devant toé...

Aujourd'hui, on va parler gros mots (désolée pour les oreilles raffinées). Car au Québec, les jurons ne manquent pas, et ils sont très différents de ceux que nous utilisons en France. Il y a bien sûr le fameux "tabernacle", qui est bien plus grossier que je ne l'imaginais. Mais il y en a pleins d'autres, que j'entends de temps en temps : câlice (et sa variante câline), hostie, marde, viarge, maudit, criss (pas sûre de l'orthographe)... et énormément de variantes, que je suis loin de toutes connaître !

Géraldine Woessner en parle très bien dans son livre Ils sont fous ces québécois ; écoutez plutôt :
"Au chapitre touristique, c'est la curiosité la plus réputée de la province. "Hostie, tabernacle, ha ha !" rigole invariablement le Français en croisant un cousin d'Amérique du Nord. "Criss de niaiseux", pense l'autre, mais il ne dit rien et sourit poliment, car c'est un Québécois, et que les Québécois ont horreur de la chicane. Donc, le Québécois sacre, c'est un pléonasme. Il sacre depuis que le Québec existe. Il a d'abord sacré en français au temps de la colonie, torrieu (je fais du tort à Dieu), jarnigouenne (je le renie)...Mais un jour, crac. La racine linguistique s'est comme scindée en deux. En se mêlant à la terre, une langue nouvelle est née. Dans le courant du XIXè siècle, les Québécois, économiquement dominés par les Anglais et socialement écrasés par l'Église, ont bien dû se résigner et continuer à vivre ! Mais c'est en maugréant. Et pas qu'un peu. L'exutoire devait être à la mesure de l'oppression subie, sans toutefois exposer le sacreur au terrible danger de l'excommunication. "Nom de Dieu!" c'était trop frontal. Le Québécois a contourné l'obstacle en se fixant sur les objets du culte. Alors, et alors seulement, le sacre a pu prendre son envol pour atteindre, quelques siècles plus tard, un degré de raffinement ultime dans la grossièreté langagière. Aucun pays au monde ne connaît d'équivalent. A partir d'une quinzaine de mots, des bataillons de chercheurs en ont recensé plus de deux mille, s'agençant à l'infini dans des trésors de créativité. Certains sont devenus des adjectifs, des substantifs, des adverbes, d'autres ont connu de multiples variations, ils s'assemblent entre eux pour former de nouveaux mots, jusqu'à cette apothéose que furent les concours de sacre, durant lesquels les participants devaient produire la chaîne de sacre la plus longue, sans se répéter. Par exemple : "Câlice d'esti de calvaire de tabernak d'ostie d'ciboire de sainte-viarge". Essayez de le crier en marquant les consonnes, vous avouerez que c'est défoulant."
J'ai aussi relevé un extrait de l'excellent Bonbons assortis, de Michel Tremblay. C'est un passage tellement drôle et tendre en même temps, où le petit Michel, tout intimidé, téléphone au Père Noël...
"T’es exigeant, toé, câline ! Chus pas supposé de dire aux enfants que c’est que je vas leur z’apporter!"
J’ai tourné la tête vers ma tante Robertine.
"Le père Noël, y dit câline, comme mon oncle Bebé ! C’est pas beau, hein ?"
On dirait qu’elle veut rire, mais qu’elle se retient, encore une fois…
"Ma matante fait dire de ne pas dire câline, père Noël, c’est pas beau !"
Le silence se fait au bout de la ligne. J’entends un son étouffé, comme quelqu’un qui cache son rire dans son poing.
"Êtes-vous toujours là ? C’est un longue distance, ça, là, ça nous coûte cher !"
Le père Noël finit par me répondre, mais sa voix a changé et me paraît encore plus familière.
"Noëlla vient justement de me dire la même chose. Excuse-moé, Michel. J’dirai plus jamais câline devant toé… "

jeudi 31 janvier 2013

Sublime et grotesque, au Pourvoyeur



Le restaurant où nous avions prévu de dîner était fermé, comme la plupart des restaurants du coin. Le lundi, beaucoup de commerces sont fermés à Montréal, et nous n'y avions plus pensé. Il avait neigé presque toute la journée, et je glissais presque à chaque pas sur la neige fraiche, parce que je n'avais pas mis mes bottes de neige ce jour-là (il n'avait pas neigé depuis des semaines, et toute la neige avait disparu des trottoirs). Nous avons marché environ quinze minutes dans le froid, avant de pousser la porte d'un asile inespéré, le Pourvoyeur. Les premiers pas dans la chaleur et la lumière douce d'un pub, après le froid et le silence de la rue, sont des instants magiques. La chaleur nous enveloppe et les bonnes odeurs de la cuisine, pleines de promesses, viennent réveiller l'appétit. Le bruit des verres et des conversations nous replonge soudain dans la sphère joyeuse des rencontres humaines, et achève de nous emmitoufler dans un confort sublime. Rien n'égale ensuite le délice de ces tout premiers moments. Lorsque la peau a déjà oublié les frissons du froid et que les plats nous sont servis, le bien-être devient une évidence que l'on oublierait presque, dans le feu des discussions.

Je me souviendrai du Pourvoyeur pour ces premiers instants attentivement savourés, mais aussi pour ma découverte de la Poutine, ce fameux plat québécois fait de frites, de fromage et de sauce brune. Je me doutais bien que ce serait infect, et j'ai attendu cinq mois pour oser franchir le pas. Mes réticences étaient justifiées. Les frites, qui avaient l'air si bonnes et croustillantes, dans les assiettes de mes voisins, étaient dans la mienne baignées dans une sauce qui les ramollissaient totalement. Quel gâchis... Si encore la sauce avait bon goût... Mais elle m'a fait penser à celle des raviolis en boite Buitoni. Au dessus de cette succulente mixture, trônent des bouts de fromage sans goûts, à peine chauds. A la question que l'on m'a cent fois posée "Et la poutine, tu as goûté ?", je pourrai désormais répondre "oui" et éviter les cris gentiment scandalisés que je provoquais en répondant par la négative. Mais ma curiosité ayant été seule satisfaite,  il est certain que la Poutine restera désormais bannie de mon vocabulaire gourmand montréalais.

Citation : André Carpentier, dans Ruelles jours ouvrables ou Extraits de café (je vais vérifier ça)

dimanche 20 janvier 2013

Mon anniversaire





Et oui, jeudi dernier, 17 janvier, c'était mon anniversaire. J'ai soufflé mes 28 bougies.

Cette journée-là, j'ai reçu beaucoup d'adorables messages, des appels de France, deux magnifiques cadeaux de la Copine du Bureau, un cadeau chocolaté d'Angela ma nouvelle coloc, une jolie carte de ma Maman, et un délicieux repas indien en compagnie de la Copine du Bureau, qui s'est décidément bien occupée de moi :)

Voilà, c'était une journée pleine de petits bonheurs.

dimanche 6 janvier 2013

C'est lui, ce ciel d'hiver illimité, fragile



"C'est lui, ce ciel d'hiver illimité, fragile
Où les mots ont la transparence et la délicatesse du givre,
Et la peau froide enfin son ancien parfum de forêt, 
C'est lui qui nous contient, qui est notre exacte demeure, 
Et nous posons des doigts plus fins sur l'horizon, 
Dans la cendre bleue des villages. "

Jacques Réda, Lente approche du ciel dans "AMEN"

mercredi 2 janvier 2013

J'ai perdu tous mes repères

Citation : Dany Lafferière, L'Énigme du retour

Montréal a changé de visage, et c'est toute blanche, recouverte d'une épaisse couche de neige, que je l'ai retrouvée dimanche. Un record a été battu : 47 cms de neige tombés en moins de 24h, ça n'était pas arrivé depuis 1971... Si l'on compte les quelques centimètres accumulés avant et après cette fameuse tempête, on peut imaginer le spectacle qui m'a accueillie à ma sortie de l'aéroport. Même les gens ont changé de physionomie : enroulés dans de grosses doudounes, chaussés de bottes de neige, la tête et le visage recouverts de bonnets et d'écharpes, ce ne sont plus que de grosses silhouettes un peu confuses que je croise dans les rues.
Le déneigement s'effectue peu à peu, très lentement (surtout qu'on est en pleine période de fêtes et de jours fériés), et en commençant bien sûr par les plus grosses artères. Autant dire que je ne suis pas prête de voir les trottoirs de ma rue dégagés, et que je profiterai encore pour longtemps de ce beau paysage en sortant de chez moi tous les matins. 
Je ne me lasse pas de cette atmosphère blanche, léthargique et silencieuse, qui règne ici depuis que je suis rentrée. Il fait très froid, -16 degrés aujourd'hui, et - 23 degrés en température ressentie. Les gens ne travaillent pas depuis hier, et les magasins sont fermés, car le 1er et le 2 janvier sont fériés. Je sais que la neige et le froid n'ont jamais empêché Montréal de vivre et de s'affairer, et que bientôt la ville reprendra une activité normale. En attendant, je savoure cette atmosphère et ce silence, seulement interrompu par la symphonie étrange des pelles raclant la neige.

Je vous laisse avec cette petite vidéo, prise dans ma rue lundi matin, en partant travailler. Ecoutez le silence !